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Faire du commun

Appel de l’assemblée anticapitaliste, alternative et écologiste réunie le 11 novembre 2021

La situation est trop grave pour disperser nos forces : c’est ce que ce sont dit une quinzaine de collectifs, réseaux, associations et partis anticapitalistes, écologistes et alternatifs réunis en une première assemblée le 11 novembre dernier. L’heure est grave en effet face à l’écocide né du capitalocène et d’un monde humain d’ores et déjà dévasté par la logique expansionniste de la concurrence et du marché. C’est pourquoi nous assumons non seulement un anticapitalisme radical mais tout autant la volonté déterminée d’en sortir et de prouver qu’il y a là plus qu’un espoir : une nécessité. C’est en ce sens aussi qu’à nos yeux l’écologie n’est pas une question supplémentaire : car le capitalisme est en train de tout saccager. « Fin du monde, fin du mois, mêmes coupables, même combat. »

Pour cela nous avons besoin de nous faire entendre et de parler clair. Nos dispersions, qui ont leurs raisons, ne facilitent pas toujours notre puissance d’agir. Il nous faut dresser méthodiquement l’inventaire des effets néfastes engendrés par le capitalisme, montrer en quoi il fait système, mutualiser nos connaissances, nos expériences et nos pratiques, dessiner un horizon qui nous rassemble sur cette base en forgeant un projet alternatif d’ampleur et non pas simplement une juxtaposition de propositions. Ce projet doit évidemment se fonder sur la transversalité des luttes et par là même interpeller les collectifs féministes, antiracistes, syndicalistes…

Au cours de cette assemblée, il a été question d’un axe essentiel : auto-activité, autogestion, manière de reprendre collectivement nos affaires en mains pour ne plus nous laisser déposséder de nos vies. Les formes de l’auto-organisation se déploient tous azimuts sans que bien sûr elles laissent de traces dans les médias installés : brigades de solidarité populaire, Gilets jaunes, ZAD, collectifs de riverains et de salarié-es contre les pollutions industrielles, réseaux écosyndicalistes, bases vertes communalistes… Nous avons aussi évoqué certaines des alternatives concrètes au capitalisme, comme l’extension de la sécurité sociale à bien d’autres domaines que la santé – alimentation, culture, art… pour une sécurité sociale et écologique universelle, la levée des brevets, la gratuité des transports, l’expropriation des actionnaires, l’économie socialisée… Et, accompagnant tout cela, une diminution massive du temps de travail afin d’en libérer. 

Les biens communs appartiennent à l’humanité : ils ne sauraient être privatisés. C’est ainsi qu’à nos yeux la bataille à mener est aussi celle d’une hégémonie culturelle, face au déversoir capitaliste tout à la fois raciste, sexiste et oppressif dans tant de domaines. Nous avons beaucoup à apprendre de nos pratiques et de nos luttes. La présence des Dévalideuses durant cette assemblée nous a offert d’affiner notre conscience sur le validisme en refusant de dépolitiser le handicap : c’est par ces prises de conscience démultipliées que passera l’émancipation véritable. Nos collectifs ne peuvent qu’y participer en faisant sur eux-mêmes le travail nécessaire.

Il ne s’agit évidemment pas d’« aller trop vite » mais de trouver un rythme qui nous permette des mises en commun, des initiatives prises ensemble et des projets. Il est ainsi question d’un « village commun » composé de maisons, les collectifs préexistants, qui bien sûr préservent leur autonomie tout en étant capables de parler d’une même voix. C’est d’autant plus essentiel dans une situation où la menace néofasciste doit être prise très au sérieux.

Notre prochaine rencontre aura pour thème « Leurs saccages, nos partages ». Elle interrogera non seulement les ravages du capitalocène, de l’extractivisme et du productivisme en général – dont on pourra se demander s’il est spécifique au capitalisme – mais les alternatives concrètes à imaginer et d’ores et déjà pratiquer. Nous n’oublions pas qu’il n’en va pas seulement là de rapports sociaux de propriété mais aussi de nos émancipations, de nos aspirations à une vie bonne et juste. Et dès lors aussi d’une véritable démocratie, loin des systèmes supposément « représentatifs » qui la défigurent. Il faut donc pouvoir poser la question du pouvoir : un pouvoir populaire, collectif, démocratique.

Nous appelons largement à y participer : cette rencontre sera une étape essentielle pour nous retrouver, travailler et lutter ensemble, affiner nos projets, les outils et moyens concrets de les réaliser : site, presse, vidéos, campagnes communes… La journée du 11 novembre l’a montré : notre détermination est réelle, il nous faut tenter cette fédération de nos forces, sans négliger nos désaccords, sans qu’ils nous donnent du plomb dans l’aile mais au contraire : que même nos divergences soient une richesse. Face au cauchemar annoncé qui a déjà commencé, il nous faut tenir, garder nos capacités d’enthousiasme et qu’elles soient communicatives, sortir du déni et du mépris, refuser l’entre-soi, construire de l’optimisme et pour tout cela : regrouper nos forces.